Éducation sous tension au Sud-Kivu : Le cri d'alarme de la SEWA face aux abandons massifs

Alors que l’année académique 2025-2026 vient à peine de s’ouvrir, une ombre plane sur la jeunesse estudiantine de la province. La Synergie des Étudiants de Walungu (SEWA-RDC) dénonce une vague d’abandons précoces provoquée par un recouvrement forcé et musclé des frais académiques.
Pour de nombreux étudiants inscrits en première année (Bac 1), le rêve universitaire vire au cauchemar. Selon la SEWA-RDC, les mesures de recouvrement forcé adoptées par plusieurs établissements de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU) ont conduit à l’exclusion systématique d’étudiants en plein cours ou durant les évaluations.
Ces pratiques, qualifiées de brutales, plongent les jeunes et leurs familles dans un désespoir profond. « Être chassé d’un auditoire devant ses pairs est un traumatisme qui brise l’élan de toute une vie », déplore l’organisation.
La situation est d’autant plus critique que les causes de ces impayés échappent souvent au contrôle des parents. Plusieurs facteurs se conjuguent pour asphyxier les ménages :
- Retards de salaire : De nombreux parents, agents de l’État, accusent des mois d’arriérés.
- Crise bancaire : Depuis la fermeture des banques au Sud-Kivu en février 2025 pour des raisons sécuritaires, l’accès aux fonds est devenu un parcours du combattant.
- Insécurité routière : Les déplacements vers Beni ou Butembo pour résoudre des problèmes administratifs (comme le renouvellement de cartes bancaires) sont quasi impossibles pour les parents malades ou craignant pour leur vie.
Livrés à eux-mêmes, ces étudiants venus de divers territoires se retrouvent bloqués. Sans moyens pour payer les frais et sans ressources pour rentrer chez eux, certains sombrent dans la précarité absolue. La SEWA-RDC alerte sur les mécanismes de survie dangereux qui se mettent en place : petits travaux informels, mais aussi montée de l’alcoolisme et glissement vers des actes antisociaux.
Le constat ne s’arrête pas au supérieur. Au niveau secondaire (EPST), des élèves sont également privés d’examens pour les mêmes raisons financières, aggravant le risque d’une génération sacrifiée, L’éducation ne doit pas devenir une source d’exclusion sociale en période de crise économique et sécuritaire. Investir dans la patience aujourd’hui, c’est préserver l’avenir de demain.
Face à cette urgence humanitaire et éducative, la SEWA-RDC lance un plaidoyer vibrant :
- Aux chefs d’établissements de l’ESU : Faire preuve de souplesse en permettant aux étudiants de suivre les cours et de passer leurs évaluations malgré les dettes temporaires.
- Aux responsables de l’EPST : Instruire les directeurs d’écoles pour qu’aucun élève ne soit chassé durant la période des examens.
- Au Gouvernement : Tenir compte du décalage académique, certains établissements n’ayant pas encore clôturé l’année 2024-2025.
Dans une province déjà meurtrie par l’insécurité, la Synergie rappelle que garantir l’accès à l’école est le dernier rempart contre la déstabilisation sociale des jeunes.
Rédaction



