RDC : L’urgence d’une gouvernance inclusive — Les femmes handicapées brisent les barrières à Kalemie et Bukavu

Dans le cadre du projet « SOIF DE PAIX », l’organisation Congo Handicap et ses partenaires ont organisé, du 4 au 6 mars 2026, une série d’ateliers de haut niveau au Tanganyika et au Sud-Kivu. Objectif : transformer la participation des femmes handicapées, trop longtemps reléguées au rang de « note de bas de page » dans les politiques de développement.

Alors que la République Démocratique du Congo s’engage dans des réformes de gouvernance locale, une question demeure : où sont les femmes en situation de handicap ? Bien qu’elles soient les premières concernées par les politiques de paix et de développement durable, elles restent largement invisibles dans les sphères de décision.
C’est pour répondre à ce défi que Congo Handicap, avec le soutien financier du Fonds des Nations Unies pour la Démocratie (@UNDEMOCRACYFUND), a réuni autorités provinciales et société civile pour deux moments forts : un atelier mixte à Kalemie (5-6 mars) et un forum d’analyse à Bukavu (4-6 mars).

Dans la province du Tanganyika, le constat est amer. Depuis des décennies, les femmes et filles handicapées subissent une stigmatisation systémique. L’atelier a mis en lumière une réalité brutale : elles ne sont pas seulement exclues, elles sont victimes de violences basées sur le genre à des taux disproportionnellement plus élevés que les femmes non handicapées.
Les principaux obstacles identifiés par les participantes :
- L’exclusion socio-économique : Un manque criant d’accès à l’autonomisation financière et à la protection sociale.
- Le mur de la communication : Les femmes sourdes ou malentendantes ont placé l’accès à l’information au premier rang des obstacles. Sans interprètes ou supports adaptés, le dialogue politique leur est physiquement inaccessible.
- L’exclusion foncière : Le déni d’accès à la terre freine toute tentative d’autonomie économique.
- L’oubli institutionnel : Elles sont de facto exclues des quotas légaux de genre, faute de données désagrégées et de volonté politique.

Le cri du cœur des participantes : « Une communication accessible ! »
L’une des demandes les plus fortes a été adressée directement au gouvernement, notamment au Ministère des Personnes Vivant avec Handicap et à la communication officielle. Pour les femmes sourdes participant au projet, l’inclusion commence par le droit de comprendre et d’être entendue.
« Je demande à Congo Handicap de discuter avec le gouvernement pour rendre une communication fluide et accessible pour tous », a plaidé une participante, exprimant sa joie de contribuer enfin au processus de paix.
Plaidoyer et recommandations : Le rôle des Nations Unies
La Coordinatrice Nationale de Congo Handicap, Mme Francine Lusumba, a profité de ces assises pour lancer un appel pressant à la communauté internationale et nationale. Elle exhorte notamment l’ONURDCongo à intensifier ses campagnes sur les cadres normatifs souvent méconnus :
- La Convention relative aux droits des personnes handicapées.
- La Résolution 1325 (Femmes, Paix et Sécurité).
- La Résolution 2475 du Conseil de Sécurité, spécifique à la protection des personnes handicapées en temps de guerre.

Cap sur le projet « SOIF DE PAIX »
Ces activités (Activités 2.1.1 et 2.2.1) s’inscrivent dans une vision plus large. Le projet SOIF DE PAIX ne se limite pas au Tanganyika et au Sud-Kivu ; il rayonne également en Ituri et au Nord-Kivu.
En renforçant les capacités d’action des femmes handicapées, le projet vise à en faire des actrices clés de la prévention des conflits. L’ambition est claire : passer d’une gestion discriminatoire à une gestion inclusive et pacifique des ressources locales. Pour Congo Handicap, valoriser leur leadership, c’est bâtir une société congolaise plus résiliente et équitable.
Par Alain KANYOMBO



