Santé

Sud-Kivu : L’ombre de la rougeole s’étend, plus de 280 morts en 2025 et une nouvelle flambée en ce début d'année

Le bilan de l’année 2025 est lourd : 11 819 cas et 286 décès. Alors que 2026 commence à peine, la province du Sud-Kivu fait face à une recrudescence alarmante de l’épidémie. Entre refus d’hospitalisation, précarité financière et défis logistiques, les autorités sanitaires tentent d’organiser la riposte.

La rougeole ne lâche pas prise dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Malgré les efforts de prévention, le virus continue de circuler activement dans la province du Sud-Kivu, frappant de plein fouet les enfants de moins de 5 ans.

Le mois de janvier 2026 confirme les craintes des épidémiologistes. Selon les services de surveillance, 2 041 cas et 8 décès ont déjà été notifiés à travers 29 des 34 zones de santé que compte la province. Les localités de Minova, Kalehe, Kamituga, Kitutu, Mwenga, Kalole, Shabunda et la ville de Bukavu sont actuellement en première ligne de cette nouvelle vague.

Pour le Docteur Joseph Matundanya Asumani, médecin coordonnateur provincial du Programme Élargi de Vaccination (PEV), le constat est sans appel : « Le virus de la rougeole circule dans toute la province. C’est un problème de santé publique majeur. »

Sur le terrain, la lutte contre l’épidémie se heurte à des barrières socioculturelles persistantes. Au centre de santé d’Irambo, le Docteur Jimmy Kasongo soigne quotidiennement des petits malades, mais déplore les résistances de certains parents. « Le premier défi est l’acceptation de la maladie. Beaucoup de parents refusent l’hospitalisation et l’isolement », explique-t-il.

Cette situation crée un cercle vicieux : un enfant non isolé retourne dans sa communauté ou à l’école, devenant une source de contamination exponentielle. « Un enfant peut en contaminer dix autres, et ces dix en contamineront cent. C’est une situation gravissime », s’alarme le médecin.

Au-delà de la méfiance, c’est souvent la pauvreté qui éloigne les malades des centres de soins. Le témoignage de Madame Christine Bahati illustre ce drame : « Je me suis enfuie de l’hôpital parce que je n’avais pas d’argent. Ils ont demandé des sommes que je n’avais pas. »

Bien que des partenaires fournissent des kits de prise en charge, l’accès effectif à la gratuité des soins reste un défi pour de nombreuses familles qui préfèrent quitter les structures sanitaires avant la guérison complète de l’enfant.

Face à cette urgence, le PEV mise sur une stratégie à deux niveaux :

La vaccination de routine : Rappeler aux mères que l’immunisation régulière reste le rempart le plus efficace. Un enfant vacciné, même s’il contracte le virus, ne développera pas de forme sévère.


La riposte vaccinale de masse : Grâce à l’appui de l’UNICEF, une campagne de riposte va cibler les zones rouges (Minova, Bunyakiri, Kalehe, Idjwi, Kamituga, etc.).


Une campagne de suivi de plus grande envergure est également prévue pour les mois de mai ou juin 2026, couvrant l’intégralité des 34 zones de santé de la province. En attendant, la vigilance reste le mot d’ordre pour éviter que le bilan de 2026 ne surpasse celui, déjà tragique, de l’année précédente.

Par Alain KANYOMBO

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