L’Eglise catholique, très impliquée dans la vie politique congolaise depuis sa participation à la Conférence nationale souveraine de 1993, joue toujours un rôle de médiateur très influent. Dans son message du 23 juin, la CENCO s’en est pris directement au président Tshisekedi en dénonçant un « recul déplorable » en matière de libertés politiques. Il faut dire que depuis plusieurs mois, les tensions sont de plus en plus nombreuses à l’approche des élections :

« répression violente des manifestations de l’opposition, restriction de la liberté de mouvement des opposants, tentatives de projets de lois discriminatoires, instrumentalisation de la justice et arrestations arbitraires ». Ce rétrécissement de l’espace démocratique inquiète particulièrement l’Eglise. Le bras droit de l’opposant Moïse Katumbi, Salomon Kalonda a été emprisonné, tout comme Franck Diongo, accusé, comme le conseiller de l’ex-gouverneur du Katanga, « d’atteinte à la sûreté de l’Etat ». Autre source de préoccupation de la CENCO : la brigade spéciale de l’UDPS, le parti présidentiel, qui « opère comme une milice, et qui collabore parfois avec la police pour traquer les adversaires politiques ».

Face à la violente charge de l’Eglise catholique, Félix Tshisekedi est également monté au créneau lors de son déplacement à Mbuji-Mayi du 25 juin. Le chef de l’Etat a dénoncé « une certaine dérive » de l’Eglise qu’il a appelé à « rester au milieu du village et des Congolais ». Il s’est aussi montré particulièrement menaçant à l’égard « de tout Congolais qui mettrait en danger la sécurité et la stabilité du pays ». Dans ce climat délétère, le président congolais a tout intérêt à accélérer l’organisation des élections et à tenir les délais. Même si l’idée d’un report du scrutin avait, un temps, été envisagé au sommet de l’Etat pour des raisons sécuritaires et financières, le « glissement » du calendrier qui permettrait à Félix Tshisekedi de rallonger son mandat, n’est plus vraiment d’actualité. La stratégie présidentielle est maintenant d’aller au plus vite aux élections et de profiter du gèle du conflit à l’Est pour tourner la page et s’engager dans le second mandat.

Alors, pour accélérer le mouvement et apaiser les tensions avec l’opposition, la CENI a été sollicitée pour organiser une rencontre avec les principaux opposants afin « d’échanger autour du processus électoral ». Martin Fayulu, un représentant de Moïse Katumbi, Matata Ponyo, Delly Sesanga se sont réunis le 30 juin aux côtés de Denis Kadima. Le patron de la centrale électorale a lâché un peu de lest en s’accordant sur l’affichage des noms des électeurs dans chaque bureau de vote. Une disposition qui a satisfait l’opposition. Concernant l’audit du fichier électoral par un nouveau cabinet indépendant, la CENI a décidé de présenter l’idée à la plénière. Mais sur ce point, cette proposition a peu de chances d’être retenue. Avec cette rencontre entre la CENI et l’opposition, la tension semble être retombée d’un cran, mais les opposants ne désarment pas. Martin Fayulu, qui paraît avoir abandonné sa stratégie de boycott, continue de mettre la pression sur Commission électorale pour décrédibiliser un scrutin qu’il juge « frauduleux ». Mais il faudra que la pression soit forte pour faire bouger les lignes. A 6 mois du scrutin, Félix Tshisekedi a tout intérêt à prendre l’opposition de court, en lui laissant le moins de temps possible pour nouer des alliances, en organisant les élections le jour prévu : le 20 décembre 2023.

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